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Le changement climatique pourrait accroître le risque que des virus deviennent capables d’infecter de nouveaux hôtes dans l’Arctique, selon une étude du matériel génétique d’un lac canadien.

Un débordement viral

Des scientifiques canadiens ont constaté que l’augmentation de la fonte des glaciers au lac Hazen, le plus grand lac de l’Arctique en matière de volume et un lieu de tournage du film de George Clooney, Minuit dans l’univers, était liée à un plus grand risque de débordement viral, où un virus infecte un nouvel hôte pour la première fois. La fonte des glaciers a été considérée comme un indicateur du changement climatique, qui entraîne leur retrait à l’échelle mondiale.

L’équipe de l’Université d’Ottawa, dirigée par Audrée Lemieux, a recueilli des sols et des sédiments de ce lac et a séquencé l’ARN et l’ADN des échantillons. Les chercheurs ont découvert des signatures de virus et de leurs hôtes potentiels, notamment des animaux, des plantes et des champignons.

Ils ont ensuite appliqué un algorithme récemment mis au point par une autre équipe de recherche, qui évalue les chances de coévolution ou de symbiose entre des groupes d’organismes non apparentés. L’algorithme a permis à l’équipe d’évaluer le risque de débordement, et a suggéré qu’il était plus élevé dans les échantillons de lac plus proches du point où de plus grands affluents – transportant davantage d’eau de fonte des glaciers voisins – se jettent dans ce lac.

« Notre principale conclusion est que, pour ce lac spécifique, le risque de débordement augmente avec la fonte des glaciers. Ce n’est pas la même chose que de prédire des pandémies – nous ne crions pas au loup », déclare Mme Lemieux.

Selon elle, le risque d’émergence de maladies infectieuses dans l’Arctique est faible aujourd’hui en raison de la rareté des « vecteurs-ponts », tels que les moustiques, qui peuvent transmettre des virus à d’autres espèces. Toutefois, les chercheurs notent que le changement climatique ne se contente pas de faire fondre les glaciers, mais qu’il devrait également entraîner le déplacement d’un plus grand nombre d’espèces vers les pôles, ce qui, préviennent-ils, « pourrait avoir des effets dramatiques dans le Haut-Arctique ».

Un environnement perturbé

La manière exacte dont la fonte des glaciers pourrait augmenter le risque de débordement n’est pas tout à fait claire si l’on applique simplement l’algorithme. Stéphane Aris-Brosou, coauteur de cette étude, explique que l’une des idées est que le ruissellement supplémentaire augmente simplement le mélange des espèces parce que leur environnement local est perturbé, ce qui rapproche physiquement les virus et les nouveaux hôtes potentiels qui ne se rencontreraient pas autrement.

La plupart des virus découverts étaient des virus végétaux et fongiques. D’autres chercheurs se demandent combien d’entre eux seraient suffisamment intacts, ou en concentration suffisamment élevée, pour rester infectieux. « Une grande partie de l’ADN ou de l’ARN fragmenté qu’ils trouveront représentera des génomes viraux dégradés qui ne présentent plus de risque », déclare Alex Greenwood, de l’Institut Leibniz de recherche sur les zoos et la faune sauvage, en Allemagne.

Lemieux et Aris-Brosou précisent que c’est la première fois que cet algorithme de débordement est utilisé de cette manière, de sorte que d’autres études seront nécessaires pour calibrer le risque réel.

La menace de maladies émergeant de l’Arctique en raison du réchauffement climatique a été mise en avant en 2016 avec une épidémie mortelle d’anthrax chez des personnes en Sibérie, liée au dégel du sol gelé qui a mis à jour un renne infecté mort depuis longtemps.

Une question sans réponse

« Y a-t-il potentiellement de nouveaux virus que la fonte du permafrost va réveiller ? En tant que scientifiques, nous devrions le savoir, mais nous sommes vraiment dans l’inconnu », déclare M. Aris-Brosou. Mme Lemieux étudie maintenant les données de l’équipe pour voir si elle peut identifier de nouveaux virus.

Cette recherche a été publiée dans bioRxiv.

Source : New Scientist
Crédit photo : iStock

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