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Des chercheurs ont calculé que les entreprises et les nations du secteur de l’énergie doivent laisser dans le sol les neuf dixièmes du charbon et près des deux tiers du pétrole et du gaz connus sur Terre, si l’on veut maintenir les températures en dessous de 1,5 °C de réchauffement planétaire, un objectif au-delà duquel les effets du changement climatique s’amplifient dangereusement.

Atteindre l’objectif fixé

Leur analyse des réserves des combustibles fossiles qui sont effectivement « inextractibles » si nous voulons respecter l’engagement de l’Accord de Paris en matière de température fait apparaître une situation désastreuse pour les pays pétroliers. À l’échelle mondiale, la production de pétrole et de gaz doit diminuer de 3 % par an pour atteindre l’objectif fixé.

« Nous dressons un tableau assez sombre de l’avenir de l’industrie mondiale des combustibles fossiles », déclare James Price, de l’University College London (UCL), qui faisait partie de l’équipe à l’origine de cette analyse. James Price et ses collègues se sont appuyés sur une étude de 2015 sur la part des réserves mondiales de charbon, de pétrole et de gaz qui doit être inutilisée pour rester sous la barre des 2°C de réchauffement, mais cette fois-ci, ils se sont intéressés sur l’objectif de 1,5°C.

Les chercheurs ont supposé un « budget carbone » deux fois moins important que celui de l’étude précédente, permettant au monde d’émettre seulement 580 milliards de tonnes de dioxyde de carbone à partir des combustibles fossiles entre 2018 et 2100. Ils ont ensuite mis à jour les modèles des systèmes énergétiques afin de refléter la baisse du coût des énergies renouvelables et ont calculé le carbone contenu dans les réserves mondiales des combustibles fossiles à l’aide de données provenant notamment de BP et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

« L’une des principales conclusions est que les réserves de pétrole non extractibles ont presque doublé », explique l’auteur de cette étude, Dan Welsby, également de l’UCL, ce qui signifie qu’une quantité bien plus importante de pétrole doit rester inutilisée pour que la température reste inférieure à 1,5 °C au lieu de 2 °C. Pour un avenir à 1,5°C, 89 % du charbon, 58 % du pétrole et 59 % du gaz doivent rester dans le sol d’ici 2050.

Des chiffres qui seraient sous-estimés

Toutefois, les chercheurs affirment que ces chiffres sont probablement sous-estimés. La première raison est qu’ils n’ont modélisé que des scénarios ayant 50 % de chances d’atteindre 1,5°C. « Vous ne monteriez pas dans un avion si vous aviez une probabilité de 50 % de mourir », explique M. Welsby.

Deuxièmement, la modélisation est basée sur des quantités relativement élevées de CO₂ éliminées de l’atmosphère – environ 6 milliards de tonnes de CO₂ par an – pour atteindre l’objectif de température. La technologie pour y parvenir n’en est qu’à ses débuts, mais même en supposant qu’elle soit développée dans les années à venir, l’équipe n’a pas été en mesure de modéliser un scénario offrant 66 % de chances d’atteindre 1,5 °C sans recourir à des quantités « magiques » d’élimination de CO₂.

« Il est fort probable que les taux de déclin devront être encore plus importants, et que la quantité totale de carbone qui restera dans le sol sera également plus importante. Je pense que c’est un résultat assez brutal », déclare M. Price. « Il met en évidence à quel point les conditions seront difficiles pour les pays qui dépendent des [revenus] du pétrole et du gaz. »

Joeri Rogelj, de l’Imperial College de Londres, estime que ces chiffres sont probablement sous-estimés, car le scénario utilisé par l’équipe permet au réchauffement de dépasser 1,5°C avant de redescendre en dessous de la borne d’ici 2100. « Cela se traduit par des contraintes plus faibles sur l’élimination progressive des combustibles fossiles. Si ces scénarios étaient conçus de manière à maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 °C, la quantité de combustibles fossiles non extractibles dans ces conditions serait encore plus importante », explique-t-il.

L’importance du Canada et du Venezuela

Les chiffres mondiaux masquent les différences régionales. Une similitude avec l’étude de 2015 est que le Canada et le Venezuela doivent tous deux laisser une quantité de réserves de pétrole inutilisées supérieure à la moyenne, tandis que le Moyen-Orient se rapproche davantage de la moyenne mondiale. Mais en raison de la taille même de ses réserves de pétrole et de gaz, « cela se traduit par d’énormes volumes laissés dans le sol », explique Welsby.

Certaines compagnies pétrolières, telles que BP, ont réduit leurs projets d’exploitation de pétrole et de gaz dans le cadre de leur transition vers une énergie à faible émission de carbone. Au début de l’année, un rapport important de l’AIE a suggéré qu’aucun nouveau puits de pétrole et de gaz ne devrait être foré si le monde veut réduire les émissions à zéro d’ici 2050. Cependant, de nombreuses compagnies pétrolières et gazières nationales, telles que Qatar Petroleum, prévoient d’augmenter leur production. « Nous devons inverser le cours des choses. Nous sommes très loin de ce que nous devons faire », déclare M. Welsby.

Cette recherche a été publiée dans Nature.

Source : New Scientist
Crédit photo : iStock

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