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Selon une étude, les personnes qui arrêtent de prendre des antidépresseurs parce qu’elles estiment ne plus en avoir besoin risquent de rechuter dans la dépression. Certains pourraient voir dans ces résultats une raison de continuer à prendre ces médicaments indéfiniment, mais le tableau est en fait plus complexe.

L’arrêt des antidépresseurs et les conséquences

Dans de nombreux pays à revenu élevé, le nombre de personnes qui prennent des antidépresseurs atteint des niveaux records. En Angleterre, on estime qu’une personne sur dix utilise des antidépresseurs. Ces médicaments peuvent provoquer des effets secondaires tels que la perte de libido et des problèmes de sommeil, et il peut être difficile d’arrêter de les prendre. En France, cette proportion serait d’environ 21,4 %.

Certains disent que les médecins sont trop enclins à prescrire ces médicaments à des personnes qui pourraient être mieux aidées par des thérapies ou en changeant leur situation de vie, mais les personnes qui pensent bénéficier de ces médicaments considèrent parfois ces sentiments comme une « honte de la pilule ». La question s’est enlisée dans des débats idéologiques sur la question de savoir si la psychiatrie moderne est devenue trop axée sur les produits pharmaceutiques.

Leur mode d’action n’est pas bien compris

La confusion règne également sur le mode d’action de ces médicaments. La plupart des antidépresseurs appartiennent à une classe de médicaments appelés inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Pendant longtemps, on a pensé que les personnes souffrant de dépression avaient un faible taux de sérotonine, une substance chimique de signalisation du cerveau, que les ISRS rétablissent.

Si tel était le cas, il serait logique que certaines personnes aient besoin d’antidépresseurs à vie. Mais il semble maintenant que cette théorie du « déséquilibre chimique » de la dépression soit fausse – et nous ne connaissons toujours pas la véritable explication biologique de la dépression, ni comment les ISRS la soulagent dans certains cas.

Une étude portant sur 478 personnes 

La dernière étude ne répond pas à cette question, mais elle devrait fournir des éléments de réponse aux personnes qui évaluent leurs options en ce qui concerne ces médicaments. Cette étude a porté sur 478 personnes au Royaume-Uni prenant un antidépresseur et qui envisageaient d’arrêter de prendre leurs pilules. Environ la moitié d’entre elles ont été choisies au hasard pour continuer, tandis que les autres ont reçu des comprimés placebos à la place de leurs pilules habituelles.

Au bout d’un an, 56 % des personnes ayant reçu un placebo ont vu leur dépression réapparaître, contre 39 % pour celles qui ont continué à prendre leur médicament. En d’autres termes, pour 10 personnes qui se posent la question de savoir si elles doivent arrêter de prendre des antidépresseurs, environ quatre rechuteront et un peu plus de quatre resteront sans dépression, quelle que soit leur décision.

Pour les autres, l’arrêt de ces médicaments peut entraîner une rechute. « Bien que le risque de rechute soit plus élevé [en cas d’arrêt], il n’est pas beaucoup plus élevé qu’en cas de poursuite de la prise d’antidépresseurs », a déclaré Tony Kendrick de l’université de Southampton, au Royaume-Uni, l’un des chercheurs.

Ce serait une question de choix personnel

Ces résultats suggèrent que l’une ou l’autre décision est raisonnable, et que le choix que font les gens dépend de leurs préférences personnelles, ajoute-t-il. Pour certains, le risque de retomber en dépression serait trop grand, tandis que d’autres préféreraient davantage ne pas prendre des médicaments à long terme.

M. Kendrick souligne que toute personne souhaitant arrêter de prendre des antidépresseurs doit le faire sous la supervision de son médecin. Les personnes qui arrêtent brusquement de prendre ces médicaments peuvent éprouver des symptômes de sevrage temporaires, notamment une baisse d’humeur et de l’agitation, qui peuvent être confondus avec une rechute.

Le problème des symptômes de sevrage qui maintiennent les personnes sous antidépresseurs est devenu récemment plus reconnu. Les organismes médicaux avaient l’habitude de conseiller aux gens de diminuer progressivement la dose de ces médicaments en prenant simplement la moitié de leur dose normale pendant deux semaines.

La période de sevrage peut prendre plusieurs mois

Le Royal College of Psychiatrists du Royaume-Uni affirme maintenant que la période de sevrage peut prendre des mois, et même plus, surtout si la personne prend ces médicaments depuis des années. Les personnes ayant participé à cette nouvelle étude ont généralement été sevrées en recevant une demi-dose pendant le premier mois et un quart de dose pendant le deuxième mois. Quelle que soit la décision des gens, il est bon de savoir qu’à partir de maintenant, elle pourra s’appuyer sur des preuves plutôt que sur une idéologie.

Cette recherche a été publiée dans The New England Journal of Medicine.

Source : New Scientist
Crédit photo : iStock