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Une nouvelle recherche préclinique menée par une équipe de scientifiques japonais a révélé que le fait de cibler des récepteurs opioïdes dans l’intestin pourrait constituer un nouveau traitement des maladies inflammatoires de l’intestin. Ces recherches s’appuient sur les premiers éléments montrant une relation entre les opioïdes et la fonction des cellules immunitaires.

Un nouveau traitement 

Depuis plusieurs années, les scientifiques ont remarqué des liens entre la consommation d’opioïdes et la suppression immunitaire. Des études observationnelles  ont noté que certains patients hospitalisés traités aux opioïdes étaient plus vulnérables aux infections virales, tandis que des recherches in vitro ont démontré que les opioïdes pouvaient influencer la fonction des cellules immunitaires. Mais ce qui se passe exactement n’est pas clair.

Le lien entre les opioïdes et l’intestin est connu depuis longtemps, mais ce n’est que récemment que les chercheurs ont découvert que les récepteurs opioïdes ne sont pas isolés dans le cerveau. Cette nouvelle étude a pour but de mieux comprendre comment les opioïdes interagissent avec le système immunitaire en se concentrant sur un modèle murin de maladie intestinale inflammatoire.

Le KNT-127 qui stimule les récepteurs opioïdes delta

Les chercheurs se sont concentrés sur un médicament précédemment développé, le KNT-127, qui est conçu pour stimuler sélectivement les récepteurs opioïdes delta. Les médicaments ciblant spécifiquement les récepteurs opioïdes delta ont récemment fait l’objet de nombreuses recherches dans l’espoir qu’ils soient efficaces pour soulager la douleur sans les effets secondaires négatifs comme la dépression respiratoire ou la dépendance qui est souvent observées avec les opioïdes actuellement disponibles.

Cette nouvelle étude a d’abord révélé que le KNT-127 réduisait la gravité de l’inflammation du côlon dans plusieurs modèles de souris. Un certain nombre d’expériences différentes ont montré que l’opioïde expérimental supprimait directement l’activité des cellules immunitaires. Mais une question demeure : ce médicament exerçait-il ses effets anti-inflammatoires en activant directement les récepteurs opioïdes delta dans l’intestin, ou des récepteurs dans le cerveau jouaient-ils un rôle ?

Une version différente du KNT-127

Pour répondre à cette question, les chercheurs se sont penchés sur une version différente du KNT-127, qui est conçue pour ne pas traverser la barrière hémato-encéphalique. Des résultats similaires ont été observés dans les modèles de souris, montrant que l’activité anti-inflammatoire du médicament était indépendante de toute action sur le système nerveux central (SNC).

« Plusieurs personnes dans le monde souffrent de maladies liées à l’inflammation du côlon, et jusqu’à présent, il n’existe pas de stratégies de traitement optimales », déclare Hiroshi Nagase, un des auteurs de cette nouvelle étude. « Nos résultats montrent que le KNT-127 et d’autres activateurs des récepteurs opioïdes pourraient constituer des options thérapeutiques prometteuses pour ces maladies. »

M. Nagase souligne qu’il reste encore beaucoup de travail à faire avant que ces résultats puissent être traduits en un traitement pour les patients humains. Cependant, cette étude offre les premières preuves de l’implication directe des récepteurs opioïdes dans l’intestin dans les réponses inflammatoires. Selon Chiharu Nishiyama, chercheur principal de cette nouvelle étude, ces résultats offrent un aperçu des connexions entre l’intestin et le cerveau.

Une étude qui permet de démêlée des mécanismes biologiques

« Nous savons aujourd’hui qu’une mauvaise santé mentale a des manifestations physiques », explique Nishiyama. « Par exemple, le stress aggrave l’inflammation dans l’intestin, qui affecte à son tour la santé du cerveau. Nos résultats sur les effets liés à l’immunité des opioïdes, qui agissent généralement sur le cerveau, constituent un pas vers la démêlée des mécanismes biologiques qui régissent la relation réciproque de la santé intestinale et du système immunitaire avec le SNC. »

Cette recherche a été publiée dans Frontiers in Immunology.

Source : Tokyo University of Science
Crédit photo : iStock