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Le manque de matières fécales de poissons contribue à modifier le cycle du carbone dans l’océan, d’une ampleur équivalente à celle de l’impact du changement climatique sur l’océan.

Le stockage du carbone

Les boulettes fécales produites par les poissons constituent l’un des mécanismes naturels les plus efficaces de stockage du carbone, qu’elles emprisonnent dans les profondeurs de l’océan pendant près de 600 ans. Daniele Bianchi, de l’université de Californie à Los Angeles, et ses collègues ont donc décidé d’étudier l’impact de ce phénomène sur le flux de matières fécales.

L’équipe a mis au point un modèle de l’écosystème marin mondial qui quantifie l’évolution de la production de matières fécales de poissons au fil du temps. Ce modèle est basé sur des estimations du nombre historique et actuel de poissons capturés, ainsi que sur les impacts plus larges de l’activité humaine sur les écosystèmes marins, tels que le changement climatique.

Les chercheurs ont examiné les espèces que les pêcheurs industriels essaient d’attraper et celles qu’ils n’attrapent pas. Leur modèle a montré qu’avant le début de la pêche industrielle, au début du XXe siècle, la biomasse mondiale des espèces de la première catégorie était d’environ 5 milliards de tonnes, tandis que le total des poissons qui ne sont pas ciblés par les pêcheurs industriels est près du double.

Si l’on considère que la biomasse de tous les humains de la planète est d’un ordre de grandeur inférieur, ces chiffres sont importants, dit M. Bianchi. La quasi-totalité de la biomasse sur Terre est en fin de compte le produit de la photosynthèse des plantes. L’une des façons de mesurer l’influence d’un animal sur l’écosystème est donc d’examiner la quantité de cette masse, appelée production primaire globale, qui y circule.

Un impact comparable au changement climatique 

L’équipe a constaté que les espèces que les pêcheurs industriels essaient d’attraper représentaient 2 % de cette masse avant les années 1900, mais qu’au moment où le nombre de poissons pêchés industriellement a atteint un pic dans les années 1990, ce chiffre avait diminué de moitié, tout comme le taux de rejet dans la mer du carbone emprisonné dans les excréments des poissons.

Selon M. Bianchi, ces chiffres suggèrent que l’impact de la pêche industrielle sur le cycle du carbone de l’océan est d’une ampleur comparable à l’impact du changement climatique sur le carbone de l’océan. « Nous devrions considérer le poisson comme une partie intégrante des cycles biogéochimiques de l’océan », ajoute-t-il.

Cette recherche a été publiée dans Science Advances.

Source : New Scientist
photo Crédit : Pixabay