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Un diurétique oral couramment utilisé et approuvé par la FDA pourrait être un candidat potentiel pour le traitement de la maladie d’Alzheimer chez les personnes présentant un risque génétique, selon des résultats d’une étude.

Le bumétanide 

Cette recherche comprenait une analyse montrant que les personnes qui prenaient du bumétanide – un diurétique puissant et couramment utilisé – avaient une prévalence significativement plus faible de la maladie d’Alzheimer par rapport à celles qui ne prenaient pas ce médicament.

Cette étude, financée par le National Institute on Aging (NIA), qui fait partie des National Institutes of Health, fait progresser une approche de médecine de précision pour les personnes plus exposées à cette maladie en raison de leur constitution génétique.

L’équipe de recherche a analysé les informations contenues dans les bases de données d’échantillons de tissus cérébraux et de médicaments approuvés par la FDA, a réalisé des expériences sur des souris et des cellules humaines, et a exploré des études sur la population humaine pour identifier le bumétanide comme un candidat médicament de premier plan qui pourrait potentiellement être reconverti pour traiter la maladie d’Alzheimer.

« Bien que d’autres tests et essais cliniques soient nécessaires, cette recherche souligne la valeur des tactiques fondées sur les données massives combinées avec  des approches scientifiques plus traditionnelles pour identifier les médicaments qui existent déjà et qui sont approuvés par la FDA comme candidats à la reconversion pour le traitement de la maladie d’Alzheimer », a déclaré le directeur du NIA, le Dr Richard J. Hodes.

Valider l’effet de ce médicament

Sachant que l’un des facteurs de risque génétiques les plus importants pour la maladie d’Alzheimer à apparition tardive est une forme du gène de l’apolipoprotéine E appelée APOE4, les chercheurs ont analysé les données provenant de 213 échantillons de tissus cérébraux et ont identifié les signatures d’expression des gènes de la maladie d’Alzheimer, c’est-à-dire les niveaux auxquels les gènes sont activés ou désactivés, spécifiques aux porteurs de l’APOE4.

Ils ont ensuite comparé les signatures de la maladie d’Alzheimer spécifiques à l’APOE4 à celles de plus de 1 300 médicaments connus approuvés par la FDA. Cinq médicaments sont apparus avec une signature d’expression génétique qui, selon les chercheurs, pourrait aider à neutraliser cette maladie. Le candidat le plus fort était le bumétanide, utilisé pour traiter la rétention d’eau souvent causée par des problèmes médicaux tels que des maladies cardiaques, rénales et hépatiques.

Les chercheurs ont validé les découvertes fondées sur les données en testant le bumétanide sur des modèles murins de la maladie d’Alzheimer et sur des neurones humains dérivés de cellules souches pluripotentes induites. Les chercheurs ont constaté que le traitement des souris qui exprimaient le gène humain APOE4 réduisait les déficits d’apprentissage et de mémoire.

Les effets neutralisants ont également été confirmés dans les modèles cellulaires humains, ce qui a conduit à l’hypothèse selon laquelle les personnes prenant déjà du bumétanide devraient présenter des taux plus faibles de la maladie d’Alzheimer. Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe a réparti les données des dossiers médicaux électroniques de plus de 5 millions de personnes en deux groupes : les adultes de plus de 65 ans qui prenaient du bumétanide et un groupe correspondant qui ne prenait pas de bumétanide.

Une prévalence de la maladie d’Alzheimer inférieure à 35 % à 75 %

L’analyse a montré que les personnes présentant ce risque génétique et prenant du bumétanide avaient une prévalence de la maladie d’Alzheimer inférieure d’environ 35 % à 75 % à celle des personnes ne prenant pas ce médicament.

« Nous savons que la maladie d’Alzheimer nécessitera probablement des types de traitements spécifiques, dont certaines pourraient cibler les caractéristiques génétiques et pathologiques uniques d’une personne – un peu comme les traitements contre le cancer qui sont disponibles aujourd’hui », a déclaré Jean Yuan du NIA. « Les données de cet article plaident en faveur de la réalisation d’un essai de preuve de concept de la bumétanide chez les personnes présentant un risque génétique. »

Cette recherche a été publiée dans Nature Aging.

Source : National Institutes of Health
Crédit photo : StockPhotoSecrets