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Des chercheurs de l’université de Lund, en Suède, ont mis au point une toute nouvelle méthode de stimulation, utilisant des microélectrodes ultrafines, pour lutter contre les douleurs intenses. Cette méthode permet un soulagement efficace et personnalisé de la douleur, sans les effets secondaires courants des médicaments antidouleur.

Un nouveau traitement

L’absence d’un traitement sans effets secondaires pour les douleurs de longue durée altère souvent considérablement la qualité de vie des patients concernés. Sans traitement analgésique, la douleur persistante rend difficile le fonctionnement du patient dans la vie quotidienne. Les traitements antalgiques traditionnels réduisent certes la douleur, mais ils affectent en même temps les sens et les fonctions mentales, et le risque de développer une dépendance aux médicaments est considérable.

À Lund, une équipe de recherche dirigée par le professeur de neurophysiologie Jens Schouenborg a mis au point une méthode pour combattre la douleur par une stimulation personnalisée à l’aide de microélectrodes ultrafines et respectueuses des tissus. « Ces électrodes sont très souples et extrêmement douces pour le cerveau. Elles sont utilisées pour activer spécifiquement les centres de contrôle de la douleur du cerveau sans activer simultanément les circuits de cellules nerveuses qui produisent des effets secondaires. »

Des électrodes ultrafines

« Cette méthode consiste à implanter un groupe d’électrodes ultrafines, puis à sélectionner un sous-groupe d’électrodes qui procure un soulagement pur et simple de la douleur, mais sans effets secondaires. Cette procédure permet un traitement de stimulation extrêmement précis et personnalisé, dont l’efficacité a été démontrée pour chaque individu », explique Jens Schouenborg.

La douleur est bloquée par l’activation des centres de contrôle de la douleur du cerveau, qui à leur tour ne bloquent que le transfert des signaux dans les voies de la douleur vers le cortex cérébral. « Nous sommes parvenus à bloquer presque totalement la douleur sans affecter aucun autre système sensoriel ou moteur, ce qui constitue une avancée majeure dans la recherche sur la douleur. Nos résultats montrent qu’il est réellement possible de développer un traitement antidouleur puissant et sans effets secondaires, ce qui constituait jusqu’à présent un défi majeur », explique Matilde Forni, doctorante et premier auteur de cette nouvelle étude.

« Dans notre étude, nous avons également comparé notre méthode avec la morphine, qui s’est avérée apporter un soulagement de la douleur considérablement moindre. En outre, la morphine a bien sûr un puissant effet sédatif ainsi que d’autres effets cognitifs. Dans cette étude, nous avons également pu montrer que la douleur après la sensibilisation (hyperalgésie), était bloquée », explique Jens Schouenborg.

L’étude de Lund a été menée sur des rats. Ces résultats pourraient-ils être transposés à l’homme ? « C’est l’objectif recherché. Le cerveau humain possède des systèmes de contrôle similaires à ceux des rats et la conception de nos électrodes peut être adaptée à l’homme », explique Matilde Forni.

Utiliser cette méthode de manière plus large

Les chercheurs espèrent que d’ici cinq à huit ans, cette méthode permettra de traiter par stimulation de manière satisfaisante les personnes souffrant de douleurs particulièrement sévères, telles que les douleurs cancéreuses ou les douleurs chroniques liées à des lésions de la moelle épinière, pour lesquelles il n’existe aujourd’hui aucun traitement satisfaisant.

Les chercheurs estiment également que cette méthode pourrait être utilisée de manière plus large pour traiter des affections autres que la douleur. « En principe, cette méthode peut être adaptée à toutes les parties du cerveau. Nous pensons donc qu’elle pourrait également être utilisée dans le traitement des maladies cérébrales dégénératives telles que la maladie de Parkinson, ainsi que dans celui de la dépression, de l’épilepsie et probablement des accidents vasculaires cérébraux.

La technique des électrodes a également des applications dans le domaine du diagnostic et, surtout, dans la recherche sur le fonctionnement mystérieux du cerveau », explique Jens Schouenborg.

Cette recherche a été publiée dans Science Advances.

Source : Lund University
Crédit photo : iStock