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« Le déclin des insectes et des pollinisateurs constitue un défi sociétal urgent qui nécessite une attention et une action maintenant. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que les écosystèmes et la production alimentaire du monde », déclare le professeur Jeroen van der Sluijs de l’université de Bergen (UiB).

M. van der Sluijs cite la base de données du Fonds mondial d’information sur la biodiversité, qui montre que la biodiversité des abeilles sauvages a diminué de 25 % depuis 1990. Il s’agit d’une grave menace pour de nombreuses plantes, qui dépendent des pollinisateurs pour former des graines et se reproduire. « Le déclin des abeilles et des autres pollinisateurs se poursuit de plus belle, et nous n’avons plus de temps à perdre », déclare-t-il.

Les pesticides sûrs ne le sont plus du tout

M. Van der Sluijs et d’autres chercheurs attribuent le déclin des insectes à l’utilisation massive de pesticides modernes qui ont échappé aux failles du système réglementaire européen, par ailleurs rigoureux.

Selon M. van der Sluijs, la perception dominante est que les pesticides modernes sont beaucoup plus sûrs qu’auparavant. Or, de nouvelles études, dont celles de M. van der Sluijs, établissent un lien entre la contamination de l’environnement par les néonicotinoïdes contenus dans les pesticides modernes et le déclin des populations d’abeilles sauvages et de nombreux autres insectes.

« L’une des principales raisons pour lesquelles les pesticides modernes ne sont pas encore interdits est que les chercheurs n’ont pas suffisamment pris la responsabilité de communiquer l’expertise cruciale dont les gouvernements et autres décideurs ont besoin pour faire des choix éclairés », dit-il. M. Van der Sluijs exhorte donc les chercheurs à assumer davantage de responsabilités sociales et à communiquer leurs connaissances, même si cela n’est pas toujours facile.

« Assumer sa responsabilité sociale en tant que scientifique est toujours un combat difficile. Le système de récompense universitaire vous pousse à privilégier l’impact scientifique par rapport à l’impact sociétal », souligne-t-il.

Encourager de larges coalitions

Toutefois, selon M. van der Sluijs, les chercheurs en insectes ne peuvent à eux seuls enrayer le déclin de la population d’abeilles. Ils doivent également s’engager dans des coalitions transdisciplinaires avec d’autres acteurs de la société afin de porter à l’attention des décideurs les connaissances pertinentes exclues et les signaux d’alerte précoce, ce que l’histoire nous a montré.

« Des chercheurs indépendants, des apiculteurs, des défenseurs de l’environnement et des politiciens ont formé une coalition pour inscrire les connaissances alternatives à l’ordre du jour réglementaire. Cette initiative a conduit à une pluralisation des connaissances qui a contribué à remédier aux angles morts de la science réglementaire », explique M. van der Sluijs.

Cette recherche a été publiée dans Current Opinion in Insect Science.

Source : University of Bergen
Crédit photo : Pexels