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Des satellites ont découvert près de 800 fuites de méthane provenant de seulement quatre pays depuis novembre 2017. En utilisant une nouvelle approche pour identifier les sources de ce puissant gaz à effet de serre, les chercheurs à l’origine de ces travaux ont constaté que plus des deux tiers des fuites qu’ils ont identifiés sont récurrentes, ce qui suggère qu’elles pourraient être réparées par un meilleur entretien des infrastructures de combustibles fossiles.

Des fuites de méthane

Le méthane représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre, mais son pouvoir de réchauffement est jusqu’à 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. Les fuites proviennent généralement des infrastructures de combustibles fossiles telles que les plateformes pétrolières, les puits de gaz et les pipelines, et les endiguer pourrait nous faire gagner du temps dans nos efforts de lutte contre le changement climatique. La semaine dernière, lors du sommet COP26, 105 pays se sont engagés à réduire les émissions de méthane de 30 % d’ici à 2030. Pour atteindre cet objectif, il sera essentiel de trouver de meilleurs moyens de surveiller les niveaux de méthane dans le monde.

Pour identifier certaines de ces sources de fuites de méthane, Thibaud Ehret, de l’ENS Paris-Saclay en France, et ses collègues ont utilisé les satellites Landsat 8 de la NASA et Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne pour rechercher les principales fuites de méthane dans sept pays entre novembre 2017 et juin 2021. Sur les 793 fuites qu’ils ont détectées par infrarouge, 786 provenaient d’Algérie, du Turkménistan, des États-Unis et d’Ouzbékistan.

Le problème de la détection du méthane est qu’il est difficile d’avoir à la fois une bonne résolution temporelle et spatiale, explique Daniel Varon de l’Université de Harvard, qui n’a pas participé à cette étude. « En d’autres termes, les avions peuvent voir des panaches beaucoup plus petits que les satellites, mais ils ne peuvent pas observer le monde entier tous les quelques jours. »

68 % des fuites enregistrées étaient récurrentes

Les satellites peuvent voir une bien plus grande partie du monde que les avions et pendant bien plus longtemps, mais il est plus difficile de déterminer avec précision d’où proviennent les fuites et de découvrir des fuites plus petites. « C’est la première fois qu’une étude utilise cette capacité [des deux satellites] pour rechercher des panaches dans de vastes régions du monde », explique M. Varon.

Les chercheurs ont constaté que 68 % des fuites enregistrées étaient récurrentes, ce qui signifie qu’elles pourraient être prévenues par un meilleur entretien des installations. Ils ont également constaté que l’Algérie comptait le plus grand nombre de fuites de méthane (376), tandis que les États-Unis, qui se classent au troisième rang, n’en comptaient que 58.

Selon M. Varon, cela met en évidence les lacunes de la technologie. « Dans le cadre de mes travaux, j’ai constaté que Sentinel-2 fournit des données sur le méthane beaucoup plus fiables lorsqu’il visualise des scènes claires et uniformes, comme dans le désert, ce qui permet d’identifier plus facilement les panaches dans des endroits comme l’Algérie qu’aux États-Unis », explique-t-il.

Une technologie qui présente de nombreuses limites

« Tout le monde est enthousiasmé par ces satellites, car il n’est pas nécessaire d’obtenir la permission de la Russie ou de la Chine pour estimer leurs émissions de méthane », déclare Arvind Ravikumar, de l’université du Texas à Austin. Mais cette technologie présente encore de nombreuses limites, comme son incapacité à détecter les petites fuites et sa dépendance à l’égard d’un ciel dégagé.

Cette recherche a été pré-publiée dans arXiv.

Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay